Jeux mineurs majeurs

Cette composition est venue du besoin de rendre hommage. J’étais à l’époque écrasé par la Musique, en état d’émerveillement permanent, de souffrants désirs. Et en même temps acculé par l’impératif temporel du concours, qui allait tomber … là, bientôt.

En moi je n’étais pas chez moi, envahi par ce Monde sensible qui m’absorbait de toute part. Mon corps, ma sensibilité étaient le champs de bataille des multiples influences qui me ravageaient : qui faire gagner ? La musique classique ? la musique populaire ? Le rock héroïque ? Les ballades introspectives ? La techno hypnotique ? Le funk sautillant ? Trouver refuge dans la musique abstraite ?

Quel chemin suivre ?

Et puis, il fallait jouer cette composition devant un jury, ne pas faire de fausses notes, aller jusqu’au bout, prendre du plaisir à interpréter ce qui venait de soi. Ne pas gâcher l’instant, en composant l’injouable, et ainsi intégrer dès le départ dans le projet l’excuse facile de l’échec.

La solution a été cette petite mélodie légèrement dissonante, qui rendait hommage à la Blue Note. Le thème n’était que bleu.

Jeux-mineurs-et-majeurs-1996

Mais j’aurais pu m’amuser plus, et intégrer astucieusement la virevolte tierce majeure / mineure, en changeant simplement la basse :

Jeux-mineurs-majeurs-2014

Mélodie

J’ai souvenir d’avoir éprouvé beaucoup de souffrance, lors de l’écriture de ma dernière mélodie. C’était en 1996 à Nancy, alors que je préparai mon diplôme de fin d’année.

Je me souviens avoir voulu ciseler une mélodie parfaite, concise, élégante, qui hébergeait en son sein, les contradictions et facéties dublues, du rock, du jazz, de la musique occidentale.

La tension entre tierce majeure et tierce mineure.

Comme l’explique Michael Tilson Thomas,

Ces accords de base sont ceux que nous avons encore à ce jour, les triades, soit la majeure que nous trouvons joyeuse, soit la mineure que nous percevons comme triste.

Mais quelle est la différence réelle entre ces deux accords ?

Ce sont juste ces deux notes au milieu. C’est soit un mi bécarre et 659 vibrations par seconde, ou un mi bémol, à 622 vibrations par seconde.

Donc, la grande différence entre la tristesse et le bonheur humain ?
37 sacrées vibrations.

C’est mon souvenir. Sauf que lorsque j’ose rejouer les notes, je découvre avec stupeur que le pivot mélodique ne se trouve pas entre la tierce mineure et la majeure, mais plutôt entre la quinte diminuée et la quinte juste.

Pas bien grave, me direz-vous : les deux notes à un demi-ton d’écart signent les tierces majeures et mineures d’un autre accord.

C’est le cas, oui. Cette stupéfaction est une ouverte. J’ai envie de me remettre à l’ouvrage, là où je l’avais laissé. :)

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